Prendre soin

Que prend-on quand on prend soin ?

Étrange ce verbe « prendre » dans une expression où, à première vue, il n’est question que de donner – de son temps, de ses compétences, de son affection ou son amour…

Le soin est donné, certes, mais pas n’importe comment, et la manière de donner va bien au-delà de l’aspect matériel et technique de la chose : il me semble qu’il y a dans le don qu’implique prendre soin, une certaine retenue liée au fait que si c’est à quelqu’un que je donne en particulier (de mon temps, etc.) ; il importe que ce don soit ciblé à chaque instant.

Quant au temps du soin, il m’apparaît qu’en donnant de mon temps, je prends de mon temps et parfois je prends sur mon temps (si j’avais prévu de le consacrer à autre chose que le soin).

Cette équivalence entre prendre et donner ne semble pas fonctionner pour la dimension affective du soin : prendre soin de tout coeur sous-entend un dévouement total, un don en forme d’aller simple volontaire.

Mais justement, les choses sont rarement aussi simples et même les dons apparemment les plus désintéressés sont pris dans les mailles des systèmes de dons et contre-dons… Ainsi le soin donné de tout coeur est-il aussi dans la prise, et plus précisément dans l’emprise qu’exerce le soignant sur soigné ?

Qu’en est-il alors lorsque la dimension technique l’emporte sur toutes les autres (bloc opératoire, urgence) ? Lorsque prendre soin consiste à brancher, débrancher ou surveiller les constantes d’un sujet inconscient ? Ici la prise peut être matérielle (prise de sang, collecte d’urine, etc.) ou informationnelle (prise du pouls, de la tension, d’une radiographie ; saisie des données médicales).

Le don est devenu un prêt, celui de l’attention prêtée par le soignant à son soigné, pendant toute la durée du geste technique.

Et pour nous, sophrologues ?

Avant même de prendre soin de quelqu’un, il convient peut-être de prendre soin de soi-même, c’est-à-dire de considérer avec bienveillance la personne que nous sommes, et celle que nous avons été.

Quels sont les ingrédients de cette bienveillance et comment la mettre en oeuvre ?
Il me semble que la bienveillance implique plusieurs qualités, que la sophrologie peut nous aider à développer :

  • la confiance envers nous-même (les exercices d’ancrage la font pénétrer en nous ; les prétérisations la confortent par la vivance de réussites passées ; les futurisations nous font vivre la possibilité de la réussite ; la RD4 nous met au contact de nos valeurs profondes) ;
  • une certaine indulgence/compassion envers nos imperfections : elles sont comme les nuages dans le ciel – éphémères, comme toutes ces sensations perçues comme phénomènes ;
  • le don que nous nous faisons à nous-même lorsque nous prenons du temps pour nous (pratique sophrologique, promenade dans la nature, lecture méditative, écriture…).

Toutes ces qualités, appliquées à nous-même, rejailliront dans nos relations à autrui, qui s’en trouveront à la fois apaisées et enrichies.

Ruth SCHEPS
http://www.ruthschepsophro.com