Traverser des obstacles

Traverser l’espace, traverser le temps

Traverser l’espace et traverser le temps ne sont pas logiquement équivalents. C’est toujours au cours du temps que je traverse l’espace, alors que je peux traverser le temps tout en restant immobile.

Dans le monde vivant, certaines traversées spatiales échappent à l’intentionnalité. C’est le cas du transport passif de matériel biologique (organismes entiers, cellules ou molécules) par des animaux appartenant à une autre espèce. Pensons par exemple à la pollinisation, au parasitisme ou au commensalisme (exploitation non-parasitaire d’une espèce par une autre).

Dans notre monde humain, il est mille manières de traverser un espace : marcher, courir, nager, voler ; en droite ligne ou en zigzags ; dans les clous, par des chemins de traverse ou hors des sentiers battus ; d’une seule traite ou en flânant ; physiquement, virtuellement ou mentalement…

Mais on considère en général qu’il n’y a que deux manières de traverser le temps : bien ou mal. Au cours de leur vie, les personnes et les oeuvres connaissent des traversées du désert plus ou moins durables. De celles qui en sortent, on dira alors qu’elles ont bien traversé le temps.

Au cours de la relaxation sophrologique, ma conscience traverse un espace bien particulier, celui de mon corps propre. Cela se fait par étapes, une région du corps après l’autre : en commençant par la tête, je relâche successivement tous les muscles de mon visage, puis je prends conscience de l’ensemble de mon visage détendu. Et je procède de même pour chaque région corporelle, jusqu’à atteindre le bord du sommeil.
Cette technique classique de relaxation nous fait traverser mentalement notre corps musculaire, en faisant abstraction des autres niveaux corporels. Une expérience intéressante consiste à compléter cette relaxation musculaire (niveau moyen) par une prise de conscience de l’épiderme (niveau superficiel) et de l’ossature (niveau profond) : pour mieux ressentir le niveau épidermique, on imaginera qu’une brise légère caresse le visage, puis les autres parties du corps. Pour mieux ressentir le niveau osseux, on visualisera les os en les imaginant vivants.

En RDII, c’est aussi avec mes mains que je traverse mon visage en m’arrêtant successivement au niveau des yeux, du nez, des oreilles et de la bouche, pour mieux en vivre la sensorialité. Notons cette particularité qu’a le corps de pouvoir en quelque sorte se traverser lui-même – en fait, c’est une partie du corps (les mains) qui en traverse une autre (le visage) par le toucher. Et ce toucher interagit avec le sens de la perception sollicité : lorsque mes doigts exercent une légère pression sur mes paupières fermées, mes sensations visuelles varient aussi en fonction de ce toucher ; lorsque je mets mes mains en conque sur mes oreilles, mes sensations auditives varient en fonction de la position exacte de mes mains ; lorsque je mets mes doigts sous mon nez, l’odeur que je perçois varie en fonction du contact (effectif ou non) entre mes doigts et mon nez ; lorsque je lèche mes doigts, le goût salé pourra varier légèrement selon le doigt concerné.
Traverser son propre corps, c’est traverser un espace des possibles : des sensations possibles, et des émotions qu’elles peuvent susciter.

Traverser des obstacles

Parmi les obstacles que nous rencontrons, certains nous sont extérieurs, d’autres intérieurs.

Les obstacles extérieurs ne dépendent pas de nous, qu’ils soient d’ordre matériel (naturels ou artificiels) ou temporel (contretemps, écarts temporels, dyschronies). Les obstacles intérieurs, eux, sont mentaux – cognitifs (difficultés intellectuelles) ou psychologiques (préjugés, contrariétés, contraintes).

De quelles qualités devons-nous faire preuve pour traverser les uns et les autres ?
Avant même de chercher à traverser un obstacle, il convient de bien le juger et le jauger : est-il extérieur ou intérieur, franchissable ou infranchissable ? S’il est franchissable, il faut se donner les moyens de le traverser : entraînement physique et équipement adéquat pour les obstacles matériels, introspection analytique ou méditative pour les obstacles intérieurs.

Quels outils sophrologiques peuvent m’aider à surmonter les obstacles qui se dressent sur ma route ? Je me limiterai ici aux obstacles franchissables.

Ce que j’ai appelé plus haut « introspection analytique ou méditative » recouvre en fait plusieurs dispositions d’esprit et techniques mentales : les unes relèvent de la futurisation (SAP), les autres de la prétérisation (sophro-mnésie des capacités) ou simplement d’une attitude faite d’ouverture et de confiance.

L’anticipation positive m’aide à plusieurs égards : vivre ma réussite par avance rend l’obstacle qui m’attend moins redoutable à mes yeux, et renforce ma détermination à le surmonter.

La sophro-mnésie des capacités me permet de retrouver les qualités et capacités qui m’ont permis de traverser certains obstacles par le passé, et de les mettre au service des nouveaux défis qui m’attendent.

L’ouverture et la confiance (l’une ne va pas sans l’autre) sont à la base de toutes les techniques sophrologiques : le lâcher prise les présuppose, la relaxation musculaire les manifeste. Elles jouent un rôle moteur dans tout franchissement d’obstacle en favorisant le « nouveau regard », prélude à la découverte de nouvelles possibilités d’action souvent plus justes et adaptées.

Ruth SCHEPS
http://www.ruthschepsophro.com